Vivre de la musique ?

Enquête sur les musicien·ne·s et leurs carrières en Suisse Roman

Perrenoud, Marc, Pierre Bataille

2019, 191 pages, 21€

26,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-162-9
Fruit de quatre ans d’enquête au coeur du milieu musical romand, Vivre de la musique ? dresse un portrait passionnant des musiciens indépendants.

Plateformes de streaming, chute des ventes de disques, développement des formats numériques, les changements majeurs dans l’industrie musicale ont accompagné un intérêt accru pour les acteurs les plus visibles du secteur (major companies, stars mondiales…). Mais, comme c’est souvent le cas, les conditions de vie des musiciens et des musiciennes évoluant loin des projecteurs de la reconnaissance internationale restent dans l’ombre. 

S’appuyant sur une recherche de terrain approfondie et sur des statistiques d’une précision inédite, le livre propose une analyse des caractéristiques de la population musicienne romande : statut d’emploi, temps de travail, inégalités, revenus, pluriactivité.

De nombreuses dimensions sont abordées pour montrer « qui » sont les musiciens en Suisse francophone. L’ouvrage détaille également les différents types de carrières musicales et donne à voir, par l’intermédiaire de récits de vie, les grandes variations interindividuelles que connaît cet espace socioprofessionnel.


Vernissage du livre 

Samedi 30 novembre dès 20h
A la Datcha, café culturel au Flon (Côtes-de-Montbenon 13)
Entrée libre

Ce vernissage est organisé en parallèle à la soirée "BOOM BAP MIAM - soul for your food, music for your belly", organisée par Graine de Funk. Bouchées gourmandes/tapas et DJ sets funk–soul–hip-hop–chill–électro avec : Pablo Color (Zürich), La Flemme (Lausanne), Hamir’s sister (Miami), Sté (Lausanne)!

 

 

PROLOGUE – DEUX AVATARS DU TRAVAIL MUSICAL

INTRODUCTION
La musique comme travail
À la recherche des « musicos » romands
Une enquête collective, concernée et mixte

PREMIÈRE PARTIE – LE GROUPE SOCIO-PROFESSIONNEL

COMMENT ÊTRE MUSICIEN EN SUISSE ROMANDE ?
Quand « jouer de la musique » en public ne suffit pas : le calcul du « gain assuré » et ses implications
Entre internationalisation et contraintes locales : les spécificités de l’espace romand
Les musiciens romands des années 2010 : profil socio-démographique et rapport à l’emploi

JOUER QUOI ? JOUER OÙ ?
Les limites d’une approche par les « styles musicaux »
Dispositifs de jeu et figures professionnelles

L’ESPACE PROFESSIONNEL COMME ESPACE SOCIAL
De l’obligation de collaborer pour « vivre de la musique »: un réseau à composante unique
Deux communautés au coeur de l’espace professionnel
Une bipolarisation sociale autant qu’esthétique

DEUXIÈME PARTIE – LES DIFFÉRENTS PROFILS DE CARRIÈRE INTRODUCTION

« MONEY TALK » : COMPOSITION DU REVENU ET PROFILS DE CARRIÈRES
Jouer, enseigner, composer : le faisceau de tâches des musiciens romands
Créateur, artisan ou enseignant : trois manières d’être musicien en Suisse romande
Une différenciation précoce et durable des types de carrières
Une partition sociale de la population

LES « CRÉATEURS »
Introduction : des cas sociologiques
Nicolas, de la chanson au spectacle vivant
Marie, itinéraire d’une créatrice
Spido, entre bohème punk et subventions
Gaëtan et Tomas, entre DIY et entrepreneuriat musical

LES « ARTISANS »
Introduction : des musiciens prestataires de service avant tout
Giovanni : un professionnel de la voix
Boris : un bassiste « mercenaire »
Louise : une chanteuse polyvalente
Bojan : virtuose et double actif

LES « ENSEIGNANTS »
Introduction : enseigner, mais pas seulement
Didier : un enseignant « bien dans ses baskets »
Jean : un pédagogue « traditionaliste »
Quand « l’activité annexe » est la principale source de revenus : le cas de Stéphane

CONCLUSION
Être musicien : intégration professionnelle et types de carrières
Le rôle clé des propriétés sociales et du contexte national
Au-delà de la Suisse : pour une comparaison internationale des carrières musiciennes
Au-delà de la musique : pour une analyse des économies symboliques du travail

BIBLIOGRAPHIE

La vie matérielle des musiciens indépendants

L’originalité de l’enquête sociologique Musicians LIVES menée par les universitaires Marc Perrenoud et Pierre Bataille sur les musiciens de Suisse francophone tient d’abord à son sujet. Renonçant à procéder par genres musicaux, les chercheurs se sont penchés sur la situation socio-économique des musiciens non salariés d’un orchestre, les musiciens free-lance. Sept musiciens, aussi différents que possible par leurs âge, sexe ou type de scène fréquentée, ont été invités à en contacter trois autres, et ainsi de suite, pour aboutir à une population de 123 personnes auprès desquelles une équipe d’enquêteurs a recueilli des données tant quantitatives que qualitatives par le biais d’entretiens individuels. Ces entretiens sont un second trait particulier de cette démarche, que cet ouvrage illustre par des extraits anonymes. De cette étude, il se dégage trois groupes : les « créateurs », qui interprètent des oeuvres originales dans un dispositif de concerts ou de spectacles sur scène, les « artisans », qui livrent une prestation de service et interprètent un répertoire qui n’est pas le leur, le plus souvent hors dispositif scénique, et enfin les « enseignants ». 

Si les conclusions de l’enquête n’apportent pas de révélations fracassantes sur la vie matérielle des musiciens indépendants de Suisse romande, quelques hypothèses sont ici confirmées. Ainsi, le faible soutien apporté aux artistes par l’assurance chômage – au contraire du statut d’intermittent du spectacle français – oblige les musiciens à se rabattre sur l’enseignement, les Romands se révélant d’énormes consommateurs de cours de musique. Autres constats qui n’étonneront pas les lecteurs, les revenus sont plus faibles que la moyenne suisse, il y a plus d’hommes que de femmes dans le milieu et la grande majorité de ces musiciens indépendants doit multiplier les activités, que ce soit en tant que musiciens (concerts, animation, enseignement) ou en exerçant un travail qui n’a rien à voir avec la musique. A cet égard, les portraits sont parfois saisissants. A l’exemple de Boris (nom d’emprunt), plombier deux jours par semaine et bassiste « mercenaire » qui enchaîne en moyenne 150 gigs par année.

Jacques Mühlethaler, Revue musicale suisse, Nr. 3/2020 — Mars 2020