Sauver les enfants, sauver l'Arménie

La contribution du pasteur Antony Kraft-Bonnard (1919-1945)

Roman, Pascal, Nigolian, Sisvan

2020, 208 pages, 21 €

26,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-175-9
"Sauver les enfants, sauver l'Arménie" est consacré à l’oeuvre d’accueil d’enfants arméniens, dans le contexte du génocide des Arméniens de 1915, menée par le pasteur Antony Krafft-Bonnard (1869-1945) en Suisse dans la région genevoise (Begnins et Genève).

Sauver les enfants, sauver l'Arménie est consacré à l’oeuvre d’accueil d’enfants arméniens, dans le contexte du génocide des Arméniens de 1915, menée par le pasteur Antony Krafft-Bonnard (1869-1945) en Suisse dans la région genevoise (Begnins et Genève).

Ce livre rend compte de cette page d’histoire de la Suisse à laquelle le pasteur Krafft-Bonnard a contribué à sa manière, dans le contexte plus large de l’accueil des réfugiés en Suisse au début du XXe siècle. La disponibilité d’archives liées à l’histoire du Foyer arménien fondé et dirigé par Antony Krafft-Bonnard constitue par ailleurs une occasion de faire connaître cette oeuvre d’accueil et de la situer dans la perspective sociopolitique de cette période autour de la Première Guerre mondiale. La publication d’un certain nombre d'archives (essentiellement des photos) accompagne les textes rédigés par des descendants d’enfants accueillis par Krafft-Bonnard, des membres de la famille qui se sont particulièrement intéressés à cette histoire, et des historiens qui ont apporté leur précieuse collaboration à cette réalisation.

• Préface (Hans-Lukas Kieser)

• Introduction (Sisvan Nigolian et Pascal Roman)

Partie 1. Le contexte et l’histoire

• Antony Krafft-Bonnard, intellectuel suisse et citoyen de l’humanité (Vincent Duclert)

• Les Arméniens et la Suisse, bref aperçu historique (Tigrane Yégavian)

• Les réfugiés arméniens en Grèce et l’action humanitaire de l’UGAB (Vahé Tachjian)

• Intermède: Lettre à Antony Krafft-Bonnard (Harry Koumrouyan)

Partie 2. L’œuvre d’Antony Krafft-Bonnard

• Le pasteur Antony Krafft-Bonnard: un Suisse pour la défense des Arméniens (Sévane Haroutunian)

• Le pasteur Antony Krafft-Bonnard : une vie au quotidien consacrée aux orphelins arméniens, à Begnins et à Genève (Monique Richardot-Coulet et Pierre Coulet)

• Les écrits d’Antony Krafft-Bonnard pour l’Arménie (Pascal Roman)

• Intermède: En face de l’Ararat (Sisvan Nigolian)

Partie 3. La succession

• Le devenir du Foyer Arménien de Begnins et de Genève et des enfants accueillis (Sisvan Nigolian et Pascal Roman)

• Catherine Krafft: l’altruisme en héritage? (Patrick Cabanel)

• Traumatisme collectif et échos transgénérationnels: de l’Arménien au sujet singulier (Saskia von Overbeck Ottino)

 

• Portait d’Antony Krafft-Bonnard

• Bulle pontificale

• Publications d’Antony Krafft-Bonnard

Krafft-Bonnard, le père des Arméniens de Suisse

Si les noms de Nansen ou de Lepsius sont inscrits en lettre d’or sur le marbre de l’histoire des grands bienfaiteurs de la nation arménienne, celui du pasteur suisse Antony Krafft-Bonnard (1869-1945) demeure injustement ignoré. Ce livre lui rend hommage.

Ce livre collectif, abondamment documenté, est le fruit d’une rencontre entre le descendant de ce Juste et le fils d’un de ses enfants qu’il avait recueillis. Il rend compte de cette page d’histoire de la Suisse à laquelle le pasteur Krafft-Bonnard (1869-1945) a contribué à sa manière, dans le contexte plus large de l’accueil des réfugiés en Suisse au début du XXe siècle.

Il croise le regard à la fois de plusieurs historiens de renom comme Vincent Duclert et Hans Lukas Kieser, des témoignages rédigés par des descendants d›enfants accueillis par Krafft-Bonnard ainsi que des membres de la famille qui se sont particulièrement intéressés au fondateur et directeur du Foyer arménien. Né à Aigle dans le canton de Vaud en 1869, le pasteur Antony Krafft-Bonnard reste connu pour avoir consacré toute son oeuvre et sa vie au sauvetage d’orphelins rescapés du Génocide en Suisse dans la région genevoise (Begnins et Genève). Il fut parmi les premiers à s’investir dans l’oeuvre de secours aux Arméniens dans la foulée des massacres hamidiens de 1894-1896 ; époque où se mirent en place les fameux comités suisses de secours aux Arméniens organisés dans plusieurs cantons sous la houlette du professeur Georges Godet. Ainsi, la Suisse fut un des pays à l’avant-garde du mouvement philo arménien ; les aides acheminées dans l’Empire ottoman le furent en collaboration avec des missionnaires américains implantés sur place. C’est au sortir de la première conférence du 29 septembre 1896 que le cours de la vie du pasteur Krafft-Bronnard se trouvera bouleversé. Lors de cette réunion, on étudie la question de faire venir des orphelins arméniens en Suisse afin d’être élevés dans des familles qui s’étaient préalablement proposées à en accueillir. Bien que le comité décide unanimement de refuser cette idée pour cause de nombreuses et diverses difficultés, il est toutefois décidé de créer une commission spéciale en charge de ce projet, officiellement rattachée au comité général. Le pasteur Krafft-Bonnard est alors désigné comme président de cette commission, nommée, Société Suisse d’immigration et de patronage d’orphelins arméniens. La Suisse se voit alors accueillir une trentaine d’orphelins reçus dans des familles qui en assumaient la charge financière, morale et éducative. Le pasteur Krafft-Bonnard accueille le premier orphelin arménien, Ohannès Hatschadourian (Jean Dourian), à la gare de Genève en 1897. La commission élargit son oeuvre en s’occupant également de réfugiés arrivant seuls de Turquie et cherchant un abri en Suisse. Pendant le Génocide, se met en place en novembre 1915, l’OEuvre de secours suisse en faveur des Arméniens, puis en 1918, une Fédération des comités suisses amis des Arméniens, dont le pasteur suisse sera de longues années durant le secrétaire général. Ce dernier sera l’instigateur de la Ligue internationale philarménienne créée à Paris en 1920.

A la fois investi sur le plan humanitaire et animé par sa foi chrétienne, Kraff t-Bonnard fera preuve d’un remarquable activisme diplomatique et politique – notamment en publiant de nombreuses brochures plaidant pour la défense de la Cause arménienne, alors que le traité de Lausanne scellait l’abandon de cet allié lointain et martyrisé. Cet ouvrage à plusieurs voix et pluridimensionnel lui rend hommage, à lui et aux rescapés qu’il a sauvés ; il brosse un portrait émouvant de cet homme qui toute sa vie durant se sera âprement battu pour faire vivre son foyer arménien à Begnins et Genève, formant plusieurs générations d’orphelins, caressant le rêve de voir ses orphelins faire partie de l’élite d’une Arménie libre et indépendante. Seuls trois buts comptaient à ses yeux : protester, donner abri et poursuivre une oeuvre d’éducation. Car à ses yeux, il ne s’agissait pas de mendier l’aumône au nom de la charité chrétienne mais réparer une injustice. C’est effectivement faire justice que de réhabiliter la mémoire de ce grand nom de l’humanité tombé dans l’oubli.

TIGRANE YÉGAVIAN, France Arménie / Septembre 2020