Métamorphoses de la figure parentale

Analyse des discours de l’École des parents de Genève (1950 à 20

Odier, Lorraine

2018, 368 pages, 28 €

35,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-142-1
À travers l’analyse des archives de l’École des parents de Genève, cet ouvrage explore les manières dont est défini ce qu’est "un parent", "une mère" ou "un père". Il apporte ainsi un éclairage nouveau sur les transformations et les continuités de l’éducation des enfants par les parents de 1950 à 2010. Ce livre ouvre une voie à l’histoire des discours sur la parentalité en Suisse.

Qu’est-ce qu’"un parent "? Qu’est-ce qu’"une mère" ? Qu’est-ce qu’"un père" ? Comment éduquer les enfants ? Comment soutenir les parents ?

Les réponses à ces questions varient dans le temps et dans l’espace social. À travers l’analyse des archives d’une association, l’École des Parents de Genève, qui depuis 1950 développe des activités pour orienter les parents dans leurs pratiques éducatives, cet ouvrage explore ce que signifie être "un parent", "une mère ", "un père" et ses variations de 1950 à 2010. Il apporte ainsi un éclairage sur les transformations et les continuités de l’éducation des enfants du point de vue du professionnel·le·s de l’éducation.

Par une mise en contexte du discours de l’École des Parents de Genève, cet ouvrage montre aussi comment la question parentale est présentée comme une problématique publique à différentes périodes, comment les figures parentales sont hiérarchisées, et comment varie la distinction entre les figures maternelle et paternelle.

 

Introduction

  • La parentalité: un objet en chantier
  • L’École des Parents: fabrique de figures parentales
  • Structure du manuscrit

1. Analyser des discours sur la figure parentale

  • Foucault et les féministes face à la parentalité
  • Le corpus empirique
  • Les axes d’analyse

2. De l’évacuation des familles à l’éducation des parents (1872–1950)

  • L’avènement de mesures de protection de l’enfance
  • L’Institut Jean-Jacques Rousseau, la psychanalyse et l’Éducation nouvelle
  • Le tournant de 1937 à Genève


Partie I: L’émergence du parent "éducateur" et la responsabilisatiodes mères (1950–1972)

3. Former les parents pour mieux protéger l’enfant 

  • Le frame de l’hygiène mentale
  • Le frame du "parent éducateur"
  • Les conditions de possibilité du "parent-éducateur"

4. Instruire des parents "passifs" et produire des parents "sujets"

  • Les techniques scolastiques
  • Les techniques d’élaboration de savoirs sur l’enfant
  • Les techniques psychothérapeutiques

5. L’enfant, une responsabilité féminine 

  • Une différenciation de sexe articulée aux savoirs
  • Différencier pour le "bon développement" de l’enfant
  • Des figures maternelle et paternelle complémentaires

Conclusion de la première partie

 

Partie II: L’émergence du parent "réflexif" et de la "maternité naturelle" (1972-1988)

6. Émanciper les parents

  • Le frame humaniste d’émancipation de l’être humain
  • Le frame "néo-familialiste"
  • Les conditions de possibilité des frames d’émancipation et néo-familialiste

7. Produire des individus responsables

  • Les techniques relationnelles
  • Les techniques de soi
  • Les effets des techniques relationnelles et de soi sur la figure parentale

8. La "mère naturelle", le "père sans repères" et la "féministe"

  • La figure parentale réflexive: une figure féminine
  • Une sexuation de la figure parentale articulée aux rôles reproductifs

Conclusion de la deuxième partie

 

Partie III: L’émergence du couple "parent-enfant" et de la disponibilité maternelle (1988–2010)

9. L’École des parents de Genève de 1988 à 2006

  • La progressive réorganisation hiérarchique de l’EP
  • L’École des parents: instigatrice de projets de "soutien à la parentalité"
  • Multiplication des professions et des savoirs intervenant sur la parentalité

10. Sécuriser l’enfant et les parents

  • Le frame psychanalytique
  • Le frame de l’"estime de soi"
  • Le frame du parent "victime"
  • Les conditions de possibilité de ces frames

11. Produire des parents apaisés et des mères disponibles

  • Les techniques d’apaisement
  • Les techniques de mise en scène de la relation parent-enfant

12. Du père "non-parent" à la mère "vecteur de l’épanouissement de l’enfant"

  • La norme hétérosexuelle questionnée mais résistante
  • "Les parents": un voile sur la division sexuelle du travail parental

Conclusion de la troisième partie

 

Conclusions

I. La figure parentale: une figure toujours plus responsabilisée quant à l’avenir de l’enfant
II. La figure parentale et la primauté maternelle
III. La figure parentale: un objet de distinction sociale
IV. Les tensions entre l’enfant "sujet" et la mère "sujet"
V. Persistance de cadres normatifs puissants malgré une souplesse apparente
VI. Pour une sociologie féministe de l’expérience parentale

 

Bibliographie

À quoi ça tient, un bon parent?

La sociologue Lorraine Odier a scruté les métamorphoses de la relation parent-enfant en s’appuyant sur les archives de l’École des parents, à Genève, fondée en 1950.

Qu’attendait-on d’un «bon parent» dans les années 50? Qu’en attend-on aujourd’hui? Comment le regard porté sur la parentalité a-t-il évolué? La sociologue romande Lorraine Odier apporte quelques réponses après s’être penchée sur une expérience inédite, menée à Genève. Dans la Cité de Calvin, l’École des parents oriente et soutient les parents dans leur tâche éducative depuis 1950. Après en avoir décortiqué les archives, la chercheuse signe «Les métamorphoses de la figure parentale». Un travail de fourmi qui nous permet de pointer quelques-unes des évolutions marquantes dans la relation parent-enfant.

Une école des parents, pourquoi faire?

À l’origine du projet de l’École des parents à Genève, il y a huit femmes, médecins et psychologues. «Elles étaient soucieuses que l’éducation des enfants se fasse au mieux, explique Lorraine Odier. Dans les années 50, les parents que l’on considérait comme «défaillants» faisaient face à des décisions de mise sous tutelle ou de placement de leurs enfants. Ces femmes, aux idées novatrices, estimaient qu’il existait d’autres voies possibles, notamment l’éducation des parents.» Elles agissent alors avec le souci de préserver la relation entre la mère et son enfant. À l’époque, de nouveaux travaux scientifiques se focalisent en effet sur les conséquences dévastatrices de l’absence maternelle sur le développement de l’enfant. Même si ces textes ont été fortement discutés depuis, ils constituent alors une indéniable source d’inspiration.

La grande métamorphose parentale

Parmi les changements majeurs intervenus entre les années 50 et aujourd’hui, Lorraine Odier souligne l’importance accordée à l’éducation de l’enfant durant ses premières années. Dans les années 50, les préoccupations autour de l’effet de carences maternelles sur les capacités cognitives et relationnelles émergent, mais persiste l’idée d’une certaine fatalité. Autrement dit, les «travers» des parents se transmettraient aux enfants de manière héréditaire. «Aujourd’hui, on peut dire que la fatalité a beaucoup moins de place dans la conception que l’on a de la relation parent-enfant, ajoute la sociologue. Ce qui tend d’ailleurs à faire peser une pression assez forte sur les parents, concernant la qualité de la relation qu’ils peuvent développer avec leur enfant et sur toutes les répercutions qui lui sont attribuées quant à sa vie future, son épanouissement, que ce soit à l’école, dans sa vie amicale, affective, professionnelle, sexuelle, etc.» 

Geneviève Comby, Le Matin Dimanche, le 22.09.18


Lorraine Odier est l'invitée de l'émission Versus/Penser du 25.09.18, Espace2 (RTS) : écouter l'émission

Lorraine Odier est l'invitée de Julien Magnollay dans l'émission Tribu du 31.10.18, la 1ère (RTS) : écouter l'émission