Capitão

Karlen, Yann, Boroni, Stefano

2019, 113 pages, 22 €

27,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-164-3
Capitão, un ancien missionnaire désillusionné évoque ses souvenirs. Inspirée de la vie de Georges-Louis Liengme, missionnaire et médecin au Mozambique, cette bande-dessinée retrace le travail, relativement méconnu, des missionnaires suisses en Afrique et permet de découvrir les liens historiques entre la Suisse et l’Afrique australe entre le XIXe et le XXe siècle.

En Afrique australe, dans une Taverna de Lourenço Marques, un vieil alcoolique raconte sa vie à un serveur indigène. Eduardo est un jeune Mozambicain assoiffé de connaissances qui cherche à comprendre la puissance des blancs, tandis que Capitão est un ancien missionnaire suisse qui a perdu la foi en sa mission. Pourtant leur rencontre va changer l’Histoire, car le jeune serveur n’est autre qu’Eduardo Mondlane qui deviendra le leader de la révolution et libérera le Mozambique de la domination portugaise. Au travers de leur échange, ce sont cent ans d’influence missionnaire suisse au Mozambique et les réalités d’une vie quotidienne difficile qui sont racontées.
Cette bande dessinée s’inspire de la vie des missionnaires suisses tels qu’André Clerc et Henri-Alexandre Junod, mais surtout de Georges-Louis Liengme, qui a notamment été le médecin du dernier empereur Zoulou Gungunhane capturé par les Portugais après une guerre d’usure de plusieurs années.

La bande dessinée comporte un feuillet historique qui permet de séparer la fiction de l’Histoire. Elle est également accompagnée d’une exposition «Derrière les cases de la Mission» à l’espace Arlaud à Lausanne jusqu'au 17 Novembre 2019 (programme des ateliers BD, visites thématiques et dédicaces)
Organisée par le Musée Cantonal d'Archéologie et d'Histoire et le Musée d'Ethnographie de Neuchâtel, cette exposition sera également programmée au MEN à Neuchâtel dès le 14 mars 2020. La publication du journal du missionnaire Georges-Louis Liengme, enrichi d'un appareil critique réalisé par l'historien Eric Morier-Genoud, viendra compléter cette exposition.


Originaire du Tessin, mais habitant Lausanne depuis de nombreuses années, Stefano Boroni est diplômé de l’ECAL où il a gagné plusieurs prix. Il collabore à différents projets éditoriaux, notamment pour l’ONG Nordesta, et enseigne l’illustration à l’Eracom. 

Rien ne prédestinait Yann Karlen à la bande dessinée, si ce n’est sa rencontre avec Stefano Boroni. Rencontre fructueuse, puisqu’elle lui a permis de signer scénario de Capitão.

 

Dédicace des deux auteurs

26 octobre · de 10h30 à 12h · Librairie Payot Lausanne
1er novembre · dès 17h · Librairie Raspoutine à Lausanne
14 décembre · dès 17h · Librairie Cumulus à Genève

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Stefano Boroni et Yann Karlen, invités de Julie Evard dans le Rendez-vous culture du 12h45 (RTS info, 16.10.19) >> écouter l'émission


Pourquoi il vaut la peine d’aller guigner derrière les cases de la mission, à l’Espace Arlaud

Jusqu’au 17 novembre, le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire invite son public à découvrir l’histoire des missionnaires vaudois en Afrique du sud, au Lesotho et au Mozambique. «Découvrir», car il y a fort à parier que beaucoup d’entre nous ne connaissions pas ce pan d’histoire régionale pourtant passionnant.

«Je n’avais jamais entendu parler des missions vaudoises en Afrique», avoue Gaëlle Nydegger, chargée de recherche au Musée d’archéologie et d’histoire. L’exposition «Derrière les cases de la mission» plonge le public dans l’histoire romande ultra-contemporaine. La pièce exposée la plus récente date de 1975!
L’histoire des missions romandes en Afrique commence en 1870. L’Église libre protestante du canton de Vaud décide d’envoyer deux missionnaires, Ernest Creux et Paul Berthoud, au Lesotho. En 1875, la mission vaudoise devient romande. Les missionnaires, souvent des érudits, partent s’installer notamment au Mozambique, alors colonie portugaise. Si leur but est de convertir les populations locales, ils s’engagent aussi dans l’enseignement, amènent des connaissances médicales, assemblent des collections d’insectes (encore conservées aujourd’hui dans nos musées). Persuadés de détenir la vérité et convaincus de leur supériorité, ils construisent une vision de l’Afrique qu’ils vont renvoyer en Suisse.

Un système de communication bien rôdé

La fiction sert de porte d’entrée dans l’exposition. Au seuil de chaque salle, une ou plusieurs cases de la BD Capitão (parue cette année aux éditions Antipodes) accueillent les visiteurs, invités à aller regarder derrière. Les salles immersives présentent chacune un thème: la médecine, classer les choses (au risque de plaquer des préjugés occidentaux sur la réalité), la lanterne magique, la conversion, le système scolaire.
La première salle reconstitue par exemple une vente d’objets ramenés d’Afrique. Les missions étaient des entreprises privées. Le Conseil d’État vaudois avait en effet interdit l’évangélisation et le prosélytisme à l’Église nationale. Ces ventes, annoncées dans les journaux locaux, étaient des moyens de garnir les caisses de l’Église libre, de montrer une image construite de l’Afrique et de justifier son évangélisation. Il y avait un véritable business de cartes postales, calendriers et autres tirelires, que certaines familles vaudoises possèdent encore aujourd’hui.

Jeux de miroir

Une salle très intéressante est consacrée à l’usage de la «lanterne magique». Le chassé-croisé d’images (et de représentations construites) est saisissant. En Afrique, les missionnaires projettent des scènes chrétiennes, des images de progrès techniques comme les trains, ou des paysages suisses. En Suisse, pour financer la mission et prouver son utilité, on projette des mises en scène d’une Afrique «primitive» et construite que l’on a fait «jouer» aux villageoises et villageois. Les convertis arborent des habits occidentaux sur les images diffusées. L’entreprise missionnaire avait un système de communication extrêmement bien rôdé.
Il est toutefois intéressant de constater – la BD le raconte bien de manière fictionnelle – que l’impact, s’il n’est pas de même nature, est mutuel. Les missionnaires transforment les populations qu’ils évangélisent, mais se trouvent également changés. «Nous voulions déconstruire le regard sur la relation avec l’Afrique que l’on porte parfois encore aujourd’hui, souligne Lionel Pernet, directeur du Musée d’archéologie et d’histoire. Nous voulions éviter l’écueil Tintin au Congo.» La fiction aide à comprendre la grande histoire. «Mais il était exclu de faire de la fiction!»
«L’exposition invite à un questionnement sur notre histoire romande. Mais aussi sur les collections de nos musées: qui les a collectées? comment sont-elles arrivées là?», ajoute la chargée de recherche Gaëlle Nydegger. La fin du parcours raconte la lutte pour l’indépendance au Mozambique, qui destituera le gouvernement colonial portugais. Et toute la complexité du discours historique se matérialise. Les missionnaires et les colons ne sont plus les seuls à émetteurs des archives. Deux versions de l’histoire peuvent être confrontées.

Un noir à Loëche-les-Bains

En contrepoint à l’exposition historique, l’historien de l’art Matthieu Jaccard et l’artiste Cécile N’Duhirahe du Collectif and then … ont élaboré l’espace «la fin de l’innocence». Leur proposition se développe à partir d’Un étranger au village de l’écrivain afro-américain James Baldwin. Ce texte est issu de son expérience du racisme à Loëche-les-Bains dans les années 1950. Il se confronte alors notamment à des jeunes du village déguisés en Africains qui font la quête pour la mission, armés d’une «crousille» à l’effigie d’un enfant noir, lors du carnaval.
Dans les œuvres exposées, il est en définitive toujours question de mélange. Comme l’écrivait James Baldwin, «this world is white no longer and it will never be again»: ce monde n’est plus blanc, et il ne le sera jamais plus. (mm)

«Capitão», une BD qui entrelace fiction et histoire

Fil rouge fictionnel de l’exposition, la bande dessinée Capitão, du nom de son héros, raconte l’histoire d’un missionnaire, librement inspirée du journal de Georges Liengme et de la vie d’Henri-Alexandre Junod, tous deux partis en Afrique australe au tournant des 19e et 20e siècles. Le héros arrive plein de certitudes; son expérience sur place finit par ébranler ses convictions.

La bande-dessinée est née de la conversion d’un projet de doctorat inachevé. Stefano Boroni, l’illustrateur, avait commencé une thèse sur les missionnaires protestants en Afrique. Il abandonne sa recherche; mais garde l’enthousiasme pour ces missionnaires, dont il connaît l’histoire. Devenu dessinateur, il finit par convaincre le bédéaste Yann Karlen de concevoir un scénario qui sera la base de la bande dessinée. Quelques pages de rappel historique complètent la fiction à la fin du volume. Si l’exposition et la BD sont des objets autonomes, on peut prendre plaisir à découvrir l’une, l’autre ou les deux.


> «Derrière les cases de la mission». Exposition à l’Espace Arlaud, sur la place de la Riponne à Lausanne, jusqu’au 17 novembre: me-ve: 12-18h; sa-di: 11-17h.
mcah.ch

Marie Minger, Lettre d'information La Gazette du Canton de Vaud, 11 octobre 2019
Article relayé sur la page Culture de la Feuille des avis officiels du Canton de Vaud, FAO, n°86, 25 octobre 2019

 

Invités par Yves Zahno dans le 12h30 (RTS, 24.09.19), Stefano Boroni et Yann Karlen dévoilent le passé colonial de la Suisse >> écouter l'émission

Stefano Boroni et Yann Karlen, invités de Nicolas Julliard et Isabelle Carceles dans l'émission Nectar (RTS2, 18.09.19) >> écouter l'émission


Sélection BD dans Le Matin

BDFIL RENTRÉE BD: LES NOMBRILS, UN BIJOU ET UN MISSIONNAIRE SUISSE
Profitez du festival lausannois pour aller acheter les derniers albums ou précipitez-vous chez votre libraire, il y a des pépites.

CAPITÃO

Connaissez-vous l'histoire des missionnaires suisses et plus particulièrement vaudois au Mozambique? Stefano Boroni et Yann Karlen, eux, se sont intéressés aux liens tissés entre ces deux pays et nous livrent, avec ce récit, une synthèse des vies d'André Clerc, Henri-Alexandre Junod et Georges-Louis Liengme. Ces missionnaires rassemblés ici en un seul, un vieil alcoolique qui, dans un bar de Lourenço Marques (devenu Maputo), se remémore comment il a vécu aux côtés du dernier roi zoulou. Un récit embrumé qui va enflammer le jeune serveur, un certain Eduardo Mondlane qui, plus tard, libérera son pays du colon portugais. C'est passionnant, instructif, très bien raconté et Stefano Boroni fait preuve d'une imagination graphique épatante pour faire vivre ce récit. L'album et l'histoire des missionnaires suisses et vaudois font l'objet d'une expo à BDFIL.

Michel Pralong, Le Matin, 13.09.19

 

À 15 ans, l’ado BDFIL se lâche

Festival > La manifestation lausannoise promet une belle édition anniversaire, sous la houlette de l’indépendant Alex Baladi.

Quinze éditions déjà que BDFIL met Lausanne sous bulles et que le festival tisse sa toile comme un réseau pluriculturel à travers la ville. Pour cet anniversaire, son directeur Dominique Radrizzani a imaginé quinze expositions comme autant d’années, et des collaborations musicales, théâtrales ou picturales originales.

Honneur d’abord au plus fidèle des auteurs, promu invité d’honneur en 2019. Le Veveysan installé à Berlin Alex Baladi fête, lui, ses 50 ans cette année et il dit n’avoir raté que deux éditions du festival. Chef de file d’une BD indépendante, qui casse les codes tout en restant parfaitement lisible, le dessinateur a imaginé une affiche pop, colorée, coup de poing, qui annonce en gros le nom de la manifestation. «Il a dû travailler avec des opticiens», rigole Dominique Radrizzani. On retrouvera ainsi une rétrospective de ses trente ans de carrière au Romandie, les planches originales de son dernier album à Ceruleum. Mais il y aura aussi sa traditionnelle Fabrique de Fanzines qui propose à tout un chacun de réaliser son propre journal, deux planches inédites qu’il a dessinées pour l’expo Tif et Tondu (lire ci-contre), la fresque qu’il va réaliser pour la Kantina, le café du Théâtre de Vidy, ou son brio lors de la soirée d’ouverture à la Cinémathèque.

Multiculturel

Comme le garçon n’arrête jamais, Baladi va également proposer un concert dessiné avec l’ensemble classique Sine Nomine. Et, quand on parle des collaborations artistiques de BDFIL, le festival donnera aussi une suite à l’exposition «Ombres» du Musée de l’Ermitage avec une exposition sur l’ombre en bande dessinée, le concours Nouveau Talent qui va explorer le thème et un théâtre d’ombres dessiné par… Baladi, que donnera Omar Porras dans son TKM.
«C’est notre travail de sortir la bande dessinée de ses cases, affirme Radrizzani, pour donner envie aux gens de lire et d’acheter des albums.» Par exemple, la dernière production du Genevois Wazem, «Un monde pas possible», lui aussi exposé, ou ce passionnant travail du Tessino-Lausannois Stefano Boroni, en collaboration avec Yann Karlen, le Musée d’architecture et d’histoire de Lausanne et le Musée d’ethnographie de Neuchâtel autour de ce missionnaire protestant au Mozambique revenu à Lausanne avec ses souvenirs. Ajoutez-y les 10 ans de «Vigousse», le livre d’or du festival ouvert au public, des dédicaces, un espace microédition, des expos dans des galeries de la place et les 24 heures de la BD, et le programme de la boum d’anniversaire sera complet.

Lausanne, divers lieux, Du 12 au 16 septembre, www.bdfil.ch

 

Collectif > Lausanne sous la plume

BDFIL rend hommage à sa ville d’adoption dans une exposition en trois volets à l’Espace Arlaud. Qui explorera d’abord la présence de la capitale vaudoise dans la BD, de Rodolphe Töpffer le précurseur à Zep ou à Lewis Trondheim. Le public aura également l’occasion de voir en grand le livre que la commune offre à ses nouveaux citoyens à leurs 18 ans, une somme hors commerce signée par 26 auteurs sous une couverture de Cosey. Enfin, en prolongement de l’aventure, BDFIL a commandé à une série d’auteurs proches du festival ou de la ville une illustration de leur rapport à Lausanne. Comme cet «autoportrait» de Floc’h, invité du festival il y a quelques années, et qui avait longuement observé la maquette de la ville au Musée historique qui lui a inspiré ce dessin.

Retour > Tif et Tondu, le poil au vent

Qui lit encore les aventures de Tif et Tondu, ce duo capillaire né à la fin des années 1940 avant de connaître bien des auteurs tout au long de leur carrière achevée en 1997 après 45 albums, de Will à Tillieux? Les deux détectives amateurs, Tif le chauve et Tondu le hirsute renaissent de leurs cendres grâce à des créateurs plus contemporains, comme Blutch, Jean-Christophe Menu ou Nicoby. Les anciens comme les modernes seront à découvrir à l’Espace Romandie.
Autre souvenir dans le même espace avec la commémoration de l’alunissage d’Appolo XI en 1969 avec une recherche du Centre BD de Lausanne sur les fantasmes que cette exploration avait fait naître chez les auteurs de BD dans les années 1950 et 1960, le plus célèbre d’entre eux étant le diptyque précurseur de Tintin.

Suisse > L’été à Charrat

Hélène Becquelin avait beaucoup ému avec «Adieu les enfants», album qui racontait les vacances de son enfance en Italie avec tendresse et humour. La sœur de Mix Remix en sort un deuxième, «plus construit» selon elle, puisque l’idée de la publication était déjà concrète. L’enfance à Charrat (VS), les processions, les pique-niques, la tante et ses bricelets et la nature fascinante. Le résultat sera visible à l’Espace Romandie.

Enfants > Où est Milton?

L’illustratrice irano-lausannoise Haydé a fait de son chat «Milton», disparu depuis, le héros d’une dizaine d’albums aussi drôles que délicats. Elle revient cet automne avec un livre cartonné géant de grandes fresques aux microscopiques détails dont «Milton» est évidemment le héros. Ces dessins seront le décor de l’espace enfants de BDFIL où ils pourront découvrir les souris qui pique-niquent sous l’œil du chat philosophe mais aussi s’initier au langage et à la grammaire de la bande dessinée.

David Moginier, 24 Heures, 26.06.2019

Lecture théâtralisée

Réalisée dans le cadre de la soirée "Vaudou Vaudois" du Cran Littéraire au Cinéma Bellevaux à Lausanne, le 13 septembre 2019

>> Lien vers la vidéo

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Cette lecture est tirée du journal de bord du médecin-missionnaire suisse Georges-Louis Liengme (1859 - 1936). Ce journal fut écrit dans un contexte colonialiste, le Mozambique étant, à cette époque, sous la domination portugaise. Le scénario de la bande dessinée s'est beaucoup (mais librement) inspiré de ces écrits. 

(captation et montage Dorian Nguyen Phu, prise de son Gwenaël Grossfeld)


>> A vos agendas pour la prochaine soirée du Cran Littéraire !
Rendez-vous le 11 octobre 2019 au Cinéma Bellevaux

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Stefano Boroni et Yann Karlen, invités de Julie Evard dans le Rendez-vous culture du 12h45 (RTS info, 16.10.19) >> écouter l'émission

Invités par Yves Zahno dans le 12h30 (RTS, 24.09.19), Stefano Boroni et Yann Karlen dévoilent le passé colonial de la Suisse >> écouter l'émission

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