À hauteur de conscience

Une vie au service de l'éducation et du développement

Nicholas Bennett. Traduit de l'anglais par Charlotte Robert


2013, 311 pages, 26 €
33,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-049-3
Un homme parcourt les villages – en Asie et en Afrique – pour travailler avec les maîtres d’école, développer des programmes scolaires utiles aux paysans, abandonner les manuels qui parlent de choses que les enfants n’ont aucune chance de voir dans leur vie, promouvoir l'enseignement dans leur langue maternelle pour qu’ils en restent fiers. Nicholas Bennett nous livre ici ses expériences, ponctuées d’anecdotes, de quarante années de travail dans le domaine du développement auprès des plus démunis. Un engagement sans faille dans la défense des droits humains et pour la non-violence.

Dans À hauteur de conscience, Nicholas Bennett rapporte ses expériences de quarante années de travail dans le domaine du développement en Asie et en Afrique.

Le livre est organisé par thèmes: les stratégies de développement, l’éducation, la corruption, les droits humains, mais aussi la télévision, les fêtes, les déplacements et les repas partagés avec les plus pauvres.

Vivant et travaillant dans les endroits les plus reculés, Nicholas Bennett a réussi à amener les plus hauts responsables jusque dans les campagnes pour y découvrir la réalité de leur propre pays.

Toute sa carrière il a essayé de comprendre les plus pauvres et de répondre à leurs besoins, au moyen de réformes de l’éducation qui leur apportent des éléments utiles à leurs tâches quotidiennes tout en permettant aux enfants les plus brillants de continuer leur scolarité.

Bennett s’est aussi engagé dans la défense des droits humains et a enseigné la non-violence. Une conscience infaillible face aux tentations, du courage dans des conditions de vie très pénibles, une générosité exemplaire et une grande capacité d’analyse, voilà ce qui fait la valeur de cet homme et de ce livre.

  • Introduction
  • Les débuts

  • Regarder en arrière: regarder en avant

  • Des mouches sur le sucre

  • Réformes de l’éducation

  • Pour la défense des droits humains
  • 
Stratégies de développement
  • 
Un fossé infranchissable
  • 
Le voyage, pas la destination
  • 
Conduire là-bas

  • Traverser les précipices
  • 
Faire face à la corruption

  • Coups d’État et couvre-feu: un métier à risque
  • 
Les joies de la vie

  • Partager un repas et se faire un ami 
  • 
La télévision: malbouffe de l’esprit
  • 
Développement rural
  • 
Congés

  • Encore des réformes de l’éducation
  • 
Imprévus  

  • Blanchir la tour d’ivoire
  • 
Il faut de tout pour faire un monde

  • Un chemin interminable
  • 
Bibliographie

Un aventurier de la coopération

"J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends." Cette maxime qui pourrait être de Confucius, Nicholas Bennett l’a faite sienne. Dans un livre récemment traduit en français, cet aventurier de la coopération nous emmène sur les pistes et dans les villages qu’il a parcourus en Asie et en Afrique tout au long de sa carrière d’expert du développement.

Mais Nicholas Bennett n’a rien de commun avec les experts qui transportent dans leurs bagages des théories élaborées dans les bureaux des grandes institutions internationales. C’est d’abord un homme de terrain. A 17 ans, il marche neuf mois de la côte ghanéenne à Tombouctou.

Sa formation d’économiste en poche, il comprend très vite que la croissance à l’occidentale ne fait qu’élargir les écarts de revenu et accélérer la dégradation de l’environnement, sans améliorer significativement la situation des plus pauvres. Aussi Bennett s’enracine-t-il dans les pays où il est amené à intervenir: il a vécu cinq ans en Ouganda, neuf ans en Thaïlande, sept ans au Népal, autant au Ghana, trois ans au Cameroun et autant en Ethiopie. Au Népal, il loge avec sa famille dans une maison de pisé sans eau et sans électricité.

De sa première expérience en Ouganda, où à 22 ans il est chargé d’élaborer un plan quinquennal, il conclut que, pour avoir un impact, il faut travailler dans le présent. Car demain est lourd d’inconnues, de bouleversements. Bennett a connu trop de coups d’Etat, de guerres et de régimes destructeurs pour croire encore aux planifications à long terme.

Aussi Bennett met-il l’accent sur l’éducation. Non pas par des modèles importés, mais en créant des situations qui encouragent les gens à agir. Ainsi dans un village du Népal dont les habitants souffrent de diarrhées et de parasites intestinaux parce qu’ils défèquent à proximité de leurs maisons, contaminant les sources: dans le cadre d’une classe d’alphabétisation, il pose sur la table un plat de riz blanc et une assiette d’excréments saupoudrés d’épices rouges. Les participants observent comment le riz devient progressivement rose. Puis ils comprennent que les mouches transportent la poudre d’épices sur le riz. Après discussion, les participants conviennent que les mouches transportent également des excréments. Le plan d’action se met en place: le lendemain déjà, les villageois se mettent à creuser des latrines et enterrent même le fumier de leur bétail, ce qui se révélera être une manière efficace de composter.

L’ouvrage de Bennett fourmille d’exemples de ce genre. Avec humour et empathie, avec réalisme aussi – il dénonce aussi bien la corruption des élites locales que l’aide très intéressée de l’Occident –, l’auteur aujourd’hui décédé nous fait partager une vie d’engagement et d’aventure au service des plus défavorisés de la planète.

Jean-Daniel Delley, Domaine Public, 23 août 2013