Pour une critique féministe décoloniale

29,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-120-9
Comment se façonne "l’Autre" dans les politiques de développement vis-à-vis des populations indigènes rurales au Mexique et au Honduras? Comment interviennent les rapports sociaux de sexe et de race dans cette construction? Que dit-elle de l’actualité des relations coloniales de pouvoir? En se fondant entre autres sur son expérience de recherche-action dans ces pays d'Amérique latine, l'auteure analyse quelques-uns des mécanismes de construction sociale de l’altérité sous l’angle du genre et du racisme. Un ouvrage qui s’inscrit dans les débats contemporains sur la question des héritages coloniaux, évoqués aussi en rapport au contexte européen de racisme et de sexisme, d’islamophobie et de répression des migrant·e·s.

À partir des recherches et de l'engagement militant de l'auteure avec des mouvements indigènes au Mexique et au Honduras, ce livre développe une critique féministe des relations coloniales de pouvoir.

Il s'intéresse aux politiques néolibérales de développement dit durable ou ethnique, traversées par le genre, le racisme et la colonialité. Ces politiques, contre lesquelles des organisations et des communautés se mobilisent, menacent les terres et les cultures de populations indigènes.

Sur la base de ce terrain de luttes, mais aussi de contributions féministes antiracistes et postcoloniales – les apports en particulier de féminismes noirs, indigènes, chicanos ou subalternes – cet ouvrage s’inscrit dans les débats contemporains sur la question des héritages coloniaux, qu’il évoque aussi en rapport au contexte européen de racisme et de sexisme, d’islamophobie et de répression des migrant·e·s.

Enfin, l’auteure engage une réflexion sur la transformation décoloniale des pratiques, des connaissances et des recherches féministes. Se fondant entre autres sur son expérience de recherche-action au Mexique, elle revient sur les enjeux de la décolonisation de l’anthropologie féministe, et plus largement sur la concrétisation d’une perspective plurielle et décentralisée des luttes des femmes.

Préface. A todas las bertas

Introduction. Défaire la colonialité aujourd'hui

  • Mon cheminement vers une approche décoloniale
  • Actualité de la colonialité
    • Racisme, sexisme et répression de l'immigration en Europe 
    • Altérité et colonialité en Suisse
    • Colonialité sans colonies 
    • Impérialisme, homonationalisme et migrant·e·s indésirables 
    • Des discours et des politiques de pouvoir

1. Critiques décoloniales 

  • Féminismes et antiracisme 
    • La simultanéité des oppressions: féminismes noirs aux États-Unis et en Angleterre
    • "Noircir le féminisme": féminismes noirs en Amérique latine et aux Caraïbes 
    • Féministes chicanas: penser la frontière
    • La percée de "l'intersectionnalité" 
    • Rapports sociaux imbriqués, articulation des luttes 
  • La modernité et la colonialité: vers une histoire globale 
    • "L'envers" de la modernité 
    • Esclavage et pensée des Lumières 
    • Représentations contemporaines du "manque" de modernité 
    • République, universalisme et colonisation 
    • Au-delà des temporalités coloniales
  • Tournant décolonial de la pensée critique? 
    • Émergence d’une "question postcoloniale"? 
    • Que signifie "postcolonial"? 
    • Les Subaltern Studies 
    • La critique de l’orientalisme 
    • Genre et postcolonialisme

2. Critiques de la colonialité et géopolitique du genre en Amérique latine

  • Études subalternes et critiques décoloniales latino-américaines 
  • Féminismes autonomes et décolonisation du genre 
    • Institutionnalisation du féminisme et politiques de développement 
    • Le genre: un concept colonisateur de la pensée féministe latino-américaine? 
    • Féminismes et coloniali

Féminisme décolonial et luttes indigènes au Mexique et au Honduras

Sabine Masson a effectué un travail de terrain au Mexique et au Honduras avec des collectifs de femmes indigènes en lutte. Cela l'a amenée à critiquer les relations coloniales de pouvoir au sein des politiques de développement et à mettre en lumière des courants féministes qui déconstruisent ces rapports de pouvoir. Entretien.

Silence: Dans votre livre, vous expliquez que des féministes noires, chicanas, indigènes, etc., ont fissuré l'idée d'un féminisme universel en montrant qu'il s'agissait en réalité d'un "féminisme blanc" qui ne prenait pas en compte l'expérience de toutes les femmes. Pouvez-vous nous donner quelques exemples de positionnements faussement universels?

Sabine Masson: Les luttes des femmes indigènes au Chiapas (Mexique), où j'ai été amenée à réfléchir sur ces thématiques, ont interpellé le féminisme construit sur la base de l'expérience de femmes aux positions dominantes (dans les rapports de race, de classe, ville/campagne, Nord/Sud). Faisant écho à de précédentes interventions de femmes racisées (1), l'auto-organisation des femmes indigènes au Chiapas a conduit au questionnement de certaines revendications féministes. Partant de leur "triple oppression" (comme femmes, pauvres et indigènes), les militantes ont par exemple souligné les violences sexistes et racistes sur leur corps, et complexifié le thème du droit à la contraception et à l'avortement. Elles ont dénoncé les cas de stérilisations forcées et le fait qu'aujourd'hui elles continuent, à travers des programmes d'assistance dans le monde rural ou lors de séjours à l'hôpital, de se voir proposer ou imposer des méthodes définitives de contraception. Il importe donc de penser la contraception dans une perspective de genre, de race et de classe, car comme l'a exprimé Angela