Devenirs policiers

Une socialisation professionnelle en contrastes

David Pichonnaz


2017, 248 pages, 29 CHF, 23 €
29,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-108-7
La formation policière a subi en Suisse des changements importants depuis 2003, mettant en évidence l’échec à conformer les recrues à un modèle professionnel en particulier. L’analyse proposée dans cet ouvrage fournit des explications aux visions du métier contrastées des recrues, grâce à une analyse de leurs trajectoires sociales antérieures, notamment leurs parcours de mobilité sociale, et de leur socialisation de genre. Ainsi, outre les questions policières et de violence étatique, cet ouvrage traite également de socialisation professionnelle.

La formation policière a subi en Suisse des changements importants depuis 2003, année où ont été introduits un plan d’études, un diplôme et des examens communs aux multiples écoles de police du pays. Cette uniformisation de la formation a été saisie par des acteurs aux inclinations réformatrices qui, en s’appuyant sur l’introduction de nouveaux savoirs dans le plan d’études et en s’invitant dans les centres de formation, ont cherché à promouvoir auprès des élèves policiers de nouvelles manière de pratiquer le métier.

Cependant, en raison de la présence concomitante de réformateurs et de gardiens de l’orthodoxie parmi les formatrices et les formateurs, les cours donnés aux nouvelles recrues sont caractérisés par des tensions et des contradictions entre les modèles professionnels enseignés. Dans ce contexte, l’école de police échoue largement à conformer les recrues à un modèle professionnel en particulier. Au contraire, l’on constate une très forte variation dans la manière dont les nouvelles et nouveaux entrants conçoivent leur métier après un et deux ans de pratique de celui-ci.

À partir de ces constats, l’ouvrage montre que ces manières différenciées de devenir policière ou policier dépendent de dispositions acquises avant l’entrée dans le métier. Il propose ainsi une sociologie de l’entrée dans une profession, en s’intéressant au processus de construction de l’habitus professionnel des individus dans leurs premières années de pratique du métier et à l’impact de leurs expériences antérieures sur les mécanismes d’incorporation ou de résistance face à la doxa professionnelle.

Ainsi, l’ouvrage n’intéressera pas uniquement les lectrices et lecteurs préoccupés par les questions policières et de violence étatique, puisqu’il traite également de socialisation professionnelle.

Introduction

  • Prolonger les travaux sur la socialisation policière
    - Le paradigme de la "culture policière" et ses défauts
    - Approcher la socialisation par l’habitus: éviter les pièges de la "culture"
    - L’habitus antérieur: des dispositions sociales "importées dans la police
  • La doxa professionnelle: un concept complémentaire à celui d’habitus
    - La définition légale de la police
    - Le community policing: une hétérodoxie radicale
  • Comment appréhender sociologiquement l’objet "police"?
  • Un groupe professionnel comme les autres?
    - Le débat autour de la centralité de la violence
    - La police, un sous-champ au sein du champ administratif
  • Données d’enquête
  • Structure de l’ouvrage

Comment travaille le "bon" ou la "bonne" policière?

  • La remise en cause du coeur de la doxa professionnelle
    - Un métier "relationnel"?
    - Hiérarchiser les tâches et les moyens d’action
  • "Méchants" ou "zigotos"? L’enjeu du rapport à l’autre
  • Conformisme et capacité de discernement: l’enjeu de l’autonomie réflexive
  • Pessimisme social et rapports aux migrations: l’enjeu de la vision du monde
  • Conclusion

La formation comme outil de réforme? Les obstacles de la violence et de la militarité

  • La nouvelle formation policière: un modèle atypique et hybride
    - Une formation atypique
    - Des savoirs importés pour changer la police: les matières "réformatrices"
  • La mise à la marge des matières réformatrices
    - Un plan d’études dominé par les matières traditionnelles
    - La force symbolique des spécialistes de la violence
  • La violence au coeur de la formation
    - La méfiance, effet indésirable de la violence
    - Des corps intouchables?
  • L’encadrement officiel de la force policière: des prescriptions ambiguës
    - La "parole" comme "arme": un concept ambigu
    - S’imposer sans agresser: un impensé de la formation
    - Enseigner la transgression des prescriptions officielles?
  • Discipline et esprit de corps: la militarité de la formation policière
    - Les contradictions entre discipline et non-conformisme
    - L’esprit de corps et le culte du secret: une association impensée
  • Conclusion

Combattre les "méchants"? Trajectoires sociales et investissement politico-moral dans le métier

  • Le prestige d’un métier singulier et de la "lutte contre la délinquance"
    - Un rapport à l’autre fondé sur une distinction sociale et morale    
    - "Nous" contre les "délinquants"
    - "Faire la morale" pour répondre au "laxisme judiciaire"
    - Résister aux prescriptions scolaires pour appartenir au groupe    
  • Parler "d’égal à égal avec les justiciables: une réussite sociale fondée sur du capital scolaire ou social
    - Une ascension sociale antérieure: le rôle du capital scolaire
    - Une ascension sociale antérieure: le rôle du capital social
  • Conclusion

Goût pour le pouvoir et rapport à la violence. Le poids de la socialisation de genre

  • Masculinité virile et orthodoxie policière: le goût du pouvoir
  • Socialisation féminine et masculinité moins virile: la relation au centre?
  • Violence et agressivité: deux caractéristiques masculines
  • Masculinité virile et habitus hétérodoxe: des aspirations atypiques
  • Conclusion

Devenir pessimiste, raciste et autoritariste? L'impact du métier sur les visions du monde des recrues

  • Un ordre social menacé?
  • Les ressorts du pessimisme policier
  • Qui menace l’ordre social?
  • La racialisation des comportements délinquants
    - Police et migrant·e·s: entre soupçon professionnel et rejet sociétal
    - Le "profilage racial" comme une évidence
    - Des recrues racistes?
  • Comment rétablir l’ordre?
  • Rapports différenciés aux solutions répressives
    - "Justice laxiste" et insatisfactions professionnelles
    - Se préoccuper ou non de "ce qui se passe après"
  • Conclusion