L'Union démocratique du centre : un parti, son action, ses soutiens

Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux, Cécile Péchu
2007, 216 pages, 23 €
28,00 CHF
Réf.: 978-2-940146-98-7
Le "succès" politique de l'Union démocratique du centre (UDC) conduit le politologue à s'emparer scientifiquement d'un thème qui interpelle l'espace public suisse mais aussi les commentateurs et les chercheurs au-delà des frontières: la progression de la droite dite populiste en Europe, à laquelle l'UDC est souvent associée. Ce livre entend participer à ce débat. Parler sereinement de l'UDC, peser son action dans le champ politique, analyser les soutiens que sont ses électeurs et militants, tels sont finalement les objectifs de cet ouvrage.

Le "succès" politique de l'Union démocratique du centre (UDC) conduit le politologue à s'emparer scientifiquement d'un thème qui interpelle l'espace public suisse mais aussi les commentateurs et les chercheurs au-delà des frontières: la progression de la droite dite populiste en Europe, à laquelle l'UDC est souvent associée. Ce livre entend participer à ce débat. Il s'inscrit dans une sociologie des logiques plurielles (idéologiques, sociales et organisationnelles) qui caractérisent les partis politiques comme des phénomènes complexes. Il combine plusieurs angles d'attaque pour aborder une série de questions: Comment définir l'UDC, parti singulièrement controversé? Quelles sont les difficultés liées à son étude? Comment expliquer sa capacité à se situer à la fois en posture de gouvernement et d'opposition? Comment son action a-t-elle influencé et tiré parti des transformations du paysage politique suisse? Que doit la progression de l'UDC aux changements affectant le champ médiatique? Qui sont ses électeurs? Comment s'exprime sa propagande politique? Comment se décline la diversité de valeurs de ses militants?

Parler sereinement de l'UDC, peser son action dans le champ politique, analyser les soutiens que sont ses électeurs et militants, tels sont finalement les objectifs de cet ouvrage.

  • Introduction (Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu)

I. Parler du parti

  • Définir le parti: un enjeu scientifique et politique (Oscar Mazzoleni)
  • Appréhender un parti et des engagements controversés (Philippe Gottraux et Michaël Girod)

II. Le parti entre gestion et protestation

  • Contester et utiliser les règles du jeu institutionnel (Damir Skenderovic et Oscar Mazzoleni)
  • Le "Sonderfall" en péril. Les figures de la menace dans les messages graphiques de l'UDC (Alexandre Dézé et Michaël Girod)

III. Les électeurs et les militants

  • Dimensions socioprofessionnelles et explication du vote (Oscar Mazzoleni, Maurizio Masulin et Cécile Péchu)
  • "Nouvelle" UDC: nouveaux électeurs? Évolution de 1995 à 2003 (Philippe Blanchard, avec la collaboration de Cécile Péchu)
  • L'engagement militant: une complexité de valeurs et de discours (Philippe Gottraux et Cécile Péchu)

Documents à télécharger:

Annexe à l'article de Philippe Blanchard

Annexe à l'article de Maurizio Masulin et Cécile Péchu

Bunker identitaire

La logique identitaire, née au XIXe siècle, a constamment alimenté les discours nationalistes. Aujourd'hui la création d'un "ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale", alimente à l'évidence les préjugés négatifs à l'égard des immigrés. L'historien Gérard Noiriel fait partie du groupe des huit historiens qui ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour protester contre la création d'un ministère avec un tel intitulé. Dans deux livres récents, A quoi sert l'identité nationale? (Agone, 2007) et Racisme: la responsabilité des élites (Textuel, 2007), il montre qu'avec ce geste symbolique Sarkozy s'inscrit clairement dans le sillage nationaliste et xénophobe d'un Le Pen qui a popularisé, dans l'espace public, l'expression "identité nationale" pour stigmatiser les immigrés. Plus largement il souligne la responsabilité des professionnels de la parole publique, intellectuels, journalistes et hommes politiques dans la persistance, voire le développement, du racisme en France.

Le nationalisme et la logique identitaire a également prévalu lors des dernières élections confédérales en Suisse. L'affiche de campagne de l'Union démocratique du centre représentait trois moutons blancs poussant vers la sortie un mouton noir. Le leader de ce parti, le très charismatique et richissime homme d'affaire Christoph Blocher a fait campagne sur les thèmes de l'immigration, du libéralisme économique et du refus d'intégrer l'Union européenne. Il en est sorti grand vainqueur avec près de 30% des voix. Un ouvrage très complet, L'Union démocratique du centre: un parti, son action, ses soutiens, publié en 2007 par les éditions Antipodes sous la direction d'Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu permet non seulement de situer l'UDC et le blochérisme dans leur impact sur la vie politique suisse mais aussi de mieux cerner tout ce qui rapproche un Blocher d'un Berlusconi ou d'un Sarkozy. Le même éditeur de Lausanne avait publié en 2004 une belle synthèse de Gérald et Sylvia Arlettaz consacrée aux politiques suisses en matière d'immigration et de naturalisation durant la période qui va du milieu du XIXe siècle à 1933: La Suisse et les étrangers. Comme en France, l'immigration et la présence étrangères constituent en effet un fait qui a pris de l'ampleur dès la seconde moitié du XIXe siècle. La politique migratoire des autorités suisses ainsi que des grandes tendances de l'opinion sont étudiées à la loupe. L'étude révèle un changement de perspectives en matière de contrôle des étrangers et de naturalisation qui s'opère dès la Première Guerre mondiale. Ce changement aboutira à un dispositif législatif restrictif qui constituera le fondement d'une politique nationale reposant sur la crainte des étrangers et sur la volonté d'en contrôler les mouvements

Aujourd'hui dans toute l'Europe, mais aussi à l'extérieur de l'Europe, nous assistons à un durcissement législatif sans précédent pour contrôler les flux migratoires et pour lutter contre l'immigration clandestine. Ce type de politique a conduit à la multiplication des centres de rétention fermés. Leur existence ne suscite plus que des réactions limitées alors qu'il y a vingt-cinq ans, la découverte du centre de rétention illégal d'Arenc, à Marseille, avait fait scandale. La juriste et militante Danièle Lochak présente dans un livre récent (Face aux migrants: Etat de droit ou état de sièges, Textuel, 2007) les entorses répétées au droit et mesure la force de l'accoutumance collective en la matière. Elle replace le débat sur le terrain des principes, y compris au nom de l'éthique de responsabilité et nous alerte sur ces dérives. Refusant la fausse alternative entre permissivité et société policière, elle propose une autre conception de la frontière et de la liberté de circulation des personnes.

Roland Pfefferkorn, La Marseillaise, 22 novembre 2007

Moutons noirs et complots de l'establishment sont du déjà-vu dans la propagande de l'UDC

(…) Dans le même ordre d'idées, un ouvrage collectif publié par plusieurs chercheurs de l'Université de Lausanne expose que la "formule gagnante de l'UDC" combine une défense de l'intégrité nationale et l'exclusion de ceux qui ne sont pas membres de la communauté nationale d'une part, et une politique néolibérale de l'autre. Le succès de l'UDC depuis quinze ans "incarne l'une des plus importantes évolutions politiques et institutionnelles que la Suisse moderne a connues depuis 1848", affirment les auteurs.

On ne peut pas saisir le succès de l'UDC sans prendre en compte le long héritage de ce parti "modéré" dans la politique suisse. Pourquoi, s'interrogent Damir Skenderovic et Oscar Mazzoleni, l'UDC est-elle le seul parti populiste européen à avoir pu participer au gouvernement sans devoir affronter de crise interne ou externe, ou, en d'autres termes, à conserver une certaine radicalité idéologique tout en participant aux diverses arènes institutionnelles?

Cela tient, répondent les auteurs, à sa longue tradition gouvernementale et au savoir-faire accumulé par ses représentants au sein du système politique suisse. Aucun des partis de gouvernement, relèvent-ils, n'a tenté sérieusement de marginaliser l'UDC blochérienne. Ils continuent de percevoir l'UDC comme un parti somme toute lié à son passé historique, malgré les "dérapages" actuels.

L'ouvrage souligne notamment l'extrême singularité de l'UDC résidant dans le fait qu'elle, occupe deux sièges au gouvernement tout en étant un parti anti-partis et anti-establishment.

La classe politique, écrivent Alexandre Dézé et Michaël Girod, est au cœur du dispositif explicatif des maux qui menacent le Sonderfall helvétique. Les institutions politiques seraient également coupables d'un véritable complot, ajoutent-ils, à propos de la campagne, contre Schengen/Dublin.

L'iconographie commune à l'UDC et à l'ASIN présente un sorcier ricanant brassant dans un chaudron "la soupe empoisonnée du Palais fédéral". Dans la propagande de l'UDC pour cette campagne, "les sondages, les comptes-rendus des médias, les prises de position du Conseil fédéral, les mots d'ordre du PRO, du PDC, du PS, des syndicats et des associations n'ont plus qu'un seul but: manipuler l'opinion publique". Cela ramène bien évidemment à l'actualité immédiate, comme y ramène la polémique autour d'une autre affiche de l'UDC. En 2003, la presse alémanique se procure l'une des affiches que l'UDC saint-galloise envisage d'utiliser. Elle montre un homme aux traits négroïdes, avec un anneau dans le nez, assorti du slogan suivant: "Nous, les Suisses, sommes toujours plus les Nègres". Les responsables expliquent alors que le terme nègre est à prendre, en allemand, au sens de dindon de la farce. On retrouve aujourd'hui la même démarche avec le mouton noir à prendre au sens littéral. Le discours graphique de l'UDC, concluent les auteurs, s'apparente, par certains aspects, à celui d'un parti d'extrême droite, ce qui représente un cas particulier en Europe pour un parti gouvernemental.(…)

D. S., Miéville, Le Temps, 21 septembre 2007

UDC, premier parti de Suisse et des librairies

Au tour des éditeurs de surfer sur la vague des élections. En cette rentrée littéraire, les livres politiques se multiplient. En guest star: Christoph Blocher et son parti. Pas moins de six ouvrages leur sont consacrés. Décorticage du phénomène. Décidément, Christoph Blocher et son parti sont partout. Même dans les livres! A trois semaines des élections fédérales, pas moins de six ouvrages leur sont consacrés. Du jamais vu. L'UDC et son leader charismatique intriguent, révoltent ou fascinent. Après les ouvrages à tendance partisane ou ceux rédigés par des journalistes, c'est au tour d'une étude scientifique de paraître. L'Union démocratique du centre: un parti, son action, ses soutiens sort en librairie ces jours. Pourquoi un tel engouement? Oscar Mazzoleni, politologue et coauteur de l'ouvrage, nous explique ce phénomène.

-Comment expliquez-vous l'engouement littéraire pour l'UDC et Christoph Blocher?

Il y a au moins trois raisons. D'abord, le phénomène de personnalisation de la politique apporte des instruments nouveaux. L'écriture d'un ouvrage en est un. De plus en plus d'hommes politiques essaient de faire passer leurs idées en rédigeant un livre, sur l'UDC par exemple. Ensuite, il y a un aspect d'actualité lié à la présente campagne. D'un point de vue éditorialiste, c'est le bon moment pour publier. Enfin, et c'est sans doute la raison principale, l'UDC représente le changement. Depuis quelques années, l'UDC ne cesse de défier la manière de faire la politique en Suisse. Ses provocations, auxquelles on n'était pas habitués, stimulent la volonté de comprendre.

-En quoi votre ouvrage se distingue-t-iI des autres?

Nous ne sommes pas partisans et ne faisons pas campagne pour les élections. Notre approche n'est pas non plus journalistique. Cela fait deux ans que nous menons notre étude, nous avons donc assez de recul par rapport à l'actualité. Enfin, dans notre ouvrage, il n'est question ni d'accuser ni de défendre Christoph Blocher ou son parti.

-A qui s'adresse votre ouvrage?

Il s'adresse à tous ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur le phénomène UDC. A travers différentes méthodes et angles d'analyse, nous décortiquons le fonctionnement et le discours du parti, et dressons le portrait de ses militants et électeurs.

-Quel chapitre conseillez-vous à nos lecteurs?

L'ouvrage étant composé de plusieurs articles, je conseillerai de commencer par le dernier, dédié aux militants de l'UDC. Nous avons essayé de montrer qui ils sont, en recueillant et en analysant leurs témoignages.

-C'est la première fois que les discours des militants de l'UDC sont analysés. Que vous ont appris ces témoignages?

Contrairement à ce qu'on peut penser, les militants sont issus de milieux très divers. Ils n'ont ni les mêmes idées ni les mêmes motivations. Nous avons discuté avec des personnes de Zurich, où la base militante est très organisée, tant pour la récolte de signatures que pour les campagnes de votation. A Genève, en revanche, ils sont plus hétérogènes, car le parti n'a pas encore d'assise stable. L'UDC n'a donc rien d'homogène. Mais ce qui rallie tous ses militants, c'est le soupçon vis-à-vis de l'étranger. "La défense de la suissitude" mobilise les partisans et exerce un effet d'unité d'un point de vue idéologique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'UDC concentre la plupart de ses campagnes sur ce thème.

Nadine Haltiner, 24 Heures, 27 septembre 2007

Le temps de la violence

(...) "Il y a une rupture dans la manière de faire de la politique, observe Oscar Mazzoleni, politologue coéditeur d'un ouvrage collectif à paraître sur l'UDC. Malgré les ambivalences, ses partenaires continuent à percevoir l'UDC comme un parti somme toute lié à son passé historique malgré les «dérapages» actuels." Le monde politique paraît avoir sous-estimé les capacités de l'UDC à changer les règles de la compétition politique. Jusqu'à il y a quelques années, il y avait une sorte d'accord de non-belligérance implicite entre les quatre grands partis, puisqu'on ne voulait pas remettre fondamentalement en cause la répartition des sièges au Conseil fédéral. Les socialistes, observe le même auteur, avaient dû accepter cette règle pour partager l'exercice du pouvoir. Ce n'est pas le cas de l'UDC, dans la priorité qu'elle accorde au rôle de la campagne électorale et sa manière d'exiger une place élargie dans le gouvernement. L'UDC impose ses propres règles et un style conflictuel auquel ses adversaires ne sont pas du tout préparés, notamment au fait que Christoph Blocher est demeuré le chef du parti.

Les institutions salies

L'UDC a non seulement infléchi un certain nombre de politiques dans les dossiers qui lui sont chers, comme l'immigration, elle a encore modifié certaines règles de gouvernance. Sur la collégialité en cours de législature, sur les usages à observer et les limites à respecter dans une campagne électorale aujourd'hui.

Sur le fond et sur la forme, la campagne du complot n'a rien de vraiment nouveau. La théorie du complot, comme la victimisation sont un thème et une posture récurrents dans l'arsenal de la propagande de l'UDC. Ce qui marque une rupture, c'est l'attaque contre les institutions, en l'occurrence la Commission de gestion, que l'UDC tente quotidiennement de décrédibiliser et dont le travail a été traité de "merde politique", le niveau encore jamais atteint des insultes, en particulier contre Lucrezia Meier-Schatz, et l'augmentation de la violence et de l'insécurité du climat politique. Les menaces de mort ne sont certes pas une nouveauté pour bon nombre d'élus, mais le fait que présider une commission nécessite d'être protégé, comme le degré d'animosité que suscitent les déplacements de Christoph Blocher à travers le pays traduisent une inquiétante dégradation de la situation.

Les représentants des autres partis sont fort embarrassés et pris au dépourvu. Ils craignent notamment de surréagir et d'envenimer encore un peu plus le débat. Ils sont par ailleurs divisés. Le PDC, qui a payé en 2003 pour comprendre que les temps ont changé, tente même d'en prendre de la graine en se disant que c'est peut-être le moment de plumer les radicaux.

D. S. Miéville, Le Temps, 11 septembre 2007