Deux enfants, c’est déjà pas mal

40,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-122-3
Cet ouvrage se penche sur les transformations familiales en Suisse entre 1955 et 1970. Il éclaire de façon détaillée les aspirations familiales et professionnelles d’une génération précurseuse de nos sociétés contemporaines. Le bien-être matériel et émotionnel de l’enfant et des parents devient un élément déterminant, renforçant l’idée de l’enfant précieux.

Il suffit d’une vingtaine d’années pour que les sociétés occidentales passent du baby boom au baby bust. Le nombre d’enfants par famille augmente fortement dès la Seconde Guerre mondiale puis s’effondre à partir du milieu des années 1960 pour se stabiliser à une moyenne de 1,5 enfant au tournant des années 1970.

Quelles sont les raisons de cette transformation rapide et profonde de l’intimité familiale?

Cet ouvrage cherche à éclairer cette révolution silencieuse au travers du cas de la Suisse romande pour les années 1955-1970. Il donne la parole à une cinquantaine d’indi­vidus devenus parents dans les villes de Lausanne et de Fribourg durant les années 1960. Accès à la contraception, discours médiatiques, religieux et politiques sur la famille et l’éducation: les deux villes offrent alors un environ­nement bien différents aux jeunes parents. Ce contraste met en lumière l’importance du contexte social et institu­tion­nel sur les choix intimes.

Combinant sources institutionnelles, médiatiques et expériences individuelles, cet ouvrage éclaire les aspirations familiales et professionnelles d’une génération précurseuse de nos sociétés contemporaines. Le bien-être matériel et émotionnel de l’enfant et des parents devient un élément déterminant, renforçant l’idée de l’enfant précieux.

Introduction

Partie 1. Théories et méthodes 

1. Débat théorique sur les transitions démographiques    

  • Le projet de Princeton: apports et limites    
  • Les modèles "économiques" du déclin de la fécondité    
  • L’intégration du genre dans les études sur la transition démographique    
  • Genre et comportements procréateurs    
  • La deuxième transition démographique, réalité ou fiction?    
  • En conclusion    
  • Notes du chapitre 1   

2. Le modèle d’analyse    

  • Une méthodologie adaptée: entre sources écrites et sources orales
  • Terrain d’enquête    
  • Notes du chapitre 2    

Partie 2. Le contexte historique    

3. Natalité et fécondité: du baby-boom au baby bust    

  • Les indicateurs démographiques    
  • Le déclin de la fécondité dans les années 1950   
  • Notes du chapitre 3   

4. Enfants et contraception: quel est l’impact du contexte socio-économique?    

  • Evolution économique et marché de l’emploi: vers la société de consommation   
  • Migration intérieure et internationale   
  • Le contexte politico-religieux des villes de Lausanne et Fribourg    
  • Notes du chapitre 4    

Partie 3. Les coûts des enfants: entre contraintes matérielles et sociales   

5.  Généralisation du modèle bourgeois    

  • Le rôle des politiques publiques    
  • Transformation des structures familiales   
  • Les mutations de l’enviro

Faire parler la " Révolution silencieuse ". Le baby bust avant la pilule

Le déclin de la fécondité est un processus inexorable lié à la sécularisation, à la diffusion d’idéaux individualistes, à l’industrialisation et à l’amélioration des conditions de vie dans les sociétés occidentales. Mais que sait-on exactement des motivations des couples à limiter la taille de la famille? Dans une première partie méthodologique soigneusement argumentée, Caroline Rusterholz montre que les approches socio-économiques, culturalistes (Ph. Ariès) et macro (par agrégation de données statistiques) qui jalonnent l’historiographie ont échoué à offrir des réponses satisfaisantes. Certaines conclusions appelaient à être vérifiées (par exemple, l’idée que les comportements reproductifs relèveraient de décisions rationnelles et concertées), des angles aveugles à être considérés. Ainsi, la vaste enquête menée en Suisse en 1994 avait identifié la conciliation famille-travail comme un facteur prépondérant dans la baisse de la fécondité. Elle faisait toutefois abstraction des comportements datant d’avant la généralisation de la pilule. Or c’est précisément à cette époque charnière mais mal documentée, allant des années 1950 à 1970, que s’attaque l’auteure. Une "révolution silencieuse" se joue alors au sein des couples, dans leur sphère privée où se ménagent les écarts entre normes sociales et religieuses d’une part, et pratiques reproductives d’autre part.

Suivant un modèle qui a déjà fait ses preuves dans l’étude pionnière d’Anne-Françoise Praz (sa directrice de thèse)1, l’auteure compare Fribourg la catholique à Lausanne la protestante afin de tester le f